Les portes de salles de classe à leur droite, les alcoves à leur gauche, Ed et Eli venaient de pénétrer à nouveau dans le château. Car même s'il était contenu dans le bâtiment, le jardin d'hiver semblait à mille lieux d'ici.
Les deux tourtereaux s'étaient arrêtés après avoir passé les portes battantes. Edward ne put dire ce qu'il se passait dans la tête de sa bien-aimée. Lui, il avait les yeux de ceux qui reviennent d'un autre monde et qui gardent encore imprimé sur la prunelle l'éclat conféré à un état d'ébriété mentale.
C'est un peu comme lorsqu'on met des lunettes après un temps passé sans, ou qu'on allume la lumière après avoir séjourné dans l'obscurité. Tout ressort plus net, plus lumineux, plus coloré. Et l'oeil a du mal à se fixer sur un détail, comme s'il n'était pas encore tout à fait revenu dans le monde réel.
Ed se sentait un peu désincarné. Une sorte de fantôme qui reprenait peu à peu de la substance, qui se cristallisait alors que le corps à côté de lui reprenait des couleurs. Sur le satin des joues d'Elisabeth était en effet apparu un beau nuage pourpre témoignant de l'afflux de sang.
Lui offrant un sourire, Ed remit en place d'une caresse une mèche rebelle des cheveux de son aimée.
Il attendait un signe avant de reprendre leur marche vers l'inconnu.